R223Enquête DELIRIUM-SFAR-2020

Réanimation / Urgences
Neuroscience
C. Alaterre 1, F. Claire 1, A. James 1, C. Jean-Michel 1.
1Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, Ap-Hp - Paris (France)

Conflits d'intérêt

Aucun


Position du problème et objectif(s) de l’étude

Les bénéfices d’un monitorage quotidien du delirium en réanimation sont largement soulignés dans les recommandations internationales [1]. Néanmoins, l’incidence et la gravité de cette affection ont longtemps été sous-évaluées en pratique clinique. En 2010, moins de 18% des médecins réanimateurs français déclaraient dépister le delirium [2]. Deux ans après la publication des PADIS guidelines [1], l’objectif de l’enquête DELIRIUM-SFAR-2020 était de réévaluer les pratiques de monitorage du delirium dans les services de réanimations français.


Matériel et méthodes

Au mois de Mai 2020, deux questionnaires électroniques ont été développés et diffusés par courriel aux médecins réanimateurs et aux Infirmiers Diplômés d’État (IDE) de réanimation via le réseau recherche de la Société Française d’Anesthésie Réanimation (SFAR). L’enquête a été maintenue en ligne pendant 1 mois, avec une relance unique après 15 jours.


Résultats & Discussion

Les réponses provenant de 409 questionnaires complétés par 370 médecins réanimateurs et 139 IDE de réanimation ont été analysées. Seuls 31% (n=125) des soignants ont déclaré dépister le delirium, dont 70% (n=88) au moyen d’un outil recommandé (CAM-ICU ou ICDSC). Ce dépistage n’était systématiquement intégré à la prise en charge des patients que dans 46% (n=57) des cas, et sa réalisation était conditionnée à la situation clinique dans 30% (n=37) des cas. Le taux de monitorage était indépendant de la profession (IDE vs médecin), du type de structure (universitaire versus non universitaire), du nombre de lits, et du recrutement (médical, chirurgical ou polyvalent). Le recours au CAM-ICU était en revanche plus fréquent dans les centres universitaires (p=0,03). Quatre-vingt-quinze pourcents (95%, n=259) des praticiens interrogés ont affirmé que dépister le delirium pourrait modifier leur attitude diagnostique et/ou thérapeutique. Pourtant, 70% (n=321) des soignants ont rapporté une absence totale de monitorage dans leur service de réanimation (Figure 1). À l’encontre d’un monitorage systématique, les principaux obstacles identifiés étaient le caractère chronophage, la complexité de mise en œuvre, et la conviction que l'examen clinique est suffisant. Si l’ensemble des soignants interrogés s’accordaient à l’idée de confier le monitorage du CAM-ICU aux équipes IDE (93% de réponses affirmatives), l'implication des aides-soignants en routine reste sujet à débat (65% des IDE favorables à l’idée contre 44% des médecins, p<0,001).


Conclusion

Malgré une amélioration au cours de la dernière décennie, le monitorage du delirium demeure insuffisamment démocratisé dans les services de réanimation français, et plusieurs barrières s’opposent encore à un dépistage systématiquement intégré à la prise en charge des patients. Afin de réduire l’écart observé entre les recommandations théoriques et la pratique clinique, différentes pistes d’amélioration (stratégies éducatives, implication des aides-soignants...) méritent d’être explorées.


Références

[1] Devlin  and al, Critical Care Medicine, 2018

[2] Sztrymf and al, Réanimation, 2012


Remerciements