R224Étude CAM-AS

Réanimation / Urgences
Réanimation Divers
C. Alaterre 1, C. Fazilleau 1, A. James 1, J.M. Constantin 1.
1Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, Ap-Hp - Paris (France)

Conflits d'intérêt

Aucun


Position du problème et objectif(s) de l’étude

Enjeu majeur pour les patients, le monitorage du delirium demeure trop peu généralisé dans les services de réanimation français : on y rapportait en 2020 seulement 15% de monitorage systématique, et moins de 30% de dépistage à l’aide d’outils validés  [1]. L’implication des équipes aides-soignantes (AS) est peu documentée et pourrait se révéler d’une précieuse aide dans ce domaine [2]. Afin de vérifier s’il serait pertinent de les intégrer à de futurs protocoles de monitorage, l’objectif de l’étude CAM-AS était d’évaluer les performances de détection du delirium par les aides-soignants utilisant le score CAM-ICU en pratique clinique.


Matériel et méthodes

Entre Octobre 2020 et Janvier 2021, les patients majeurs hospitalisés au sein du service de réanimation chirurgicale polyvalente du Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière qui ne présentaient pas d’antécédent de trouble cognitif, psychotique ou de lésion cérébrale directe et dont le score RASS était ≥-2 ont fait l’objet d’évaluations indépendantes du delirium par les trois membres de l’équipe soignante (AS / Infirmiers Diplômés d’État (IDE) / Médecin Réanimateur), utilisant la même version du score CAM-ICU. Les évaluations étaient réalisées à tour de rôle selon un ordre tiré au sort. Un patient pouvait être évalué à plusieurs reprises au cours de la période d’étude, dans la limite d’une fois par jour. Le résultat obtenu par le médecin réanimateur était défini comme référence pour les comparaisons.


Résultats & Discussion

Les résultats des 100 premiers trios d’évaluations CAM-ICU réalisées chez un total de 48 patients ont été analysés. Vingt-cinq CAM-ICU étaient positifs selon les médecins. Par rapport à l’évaluation médicale, les AS détectaient le delirium avec une sensibilité (Se) de 88% IC95%[75-100] et une spécificité (Sp) de 96% [92-100]. Leur valeur prédictive positive (VPP) était de 88% [75-100] et leur valeur prédictive négative (VPN) de 96% [92-100]. Il n’y avait pas de différence statistiquement significative entre leurs performances et celles des IDE (Se= 92% [81-100] p=1, Sp=99% [96-100] p=0,619, VPP=96% [88-100] p=0,609 et VPN=97% [94-100], p=0,681). Les aires sous la courbe étaient de 0,92 pour les AS contre 0,95 pour les IDE (p=0,48). La corrélation entre résultats des AS et des médecins démontrait un accord « presque parfait » (coefficient kappa=0,84 [0,72-1]) et leurs performances étaient maintenues dans les sous-groupes à risque de delirium (âge>65ans, ventilation mécanique, score RASS <0). La durée médiane nécessaire à l’évaluation CAM-ICU par les AS était de 4 [2-6] minutes, contre 2 [1-3] minutes pour les médecins et 2 [1-5] minutes pour les IDE (p<0.01).


Conclusion

Les premiers résultats de l’étude CAM-AS confirment que les aides-soignants formés au CAM-ICU ont de bonnes capacités à détecter le delirium en pratique clinique. Ces données préliminaires suggèrent qu’il serait pertinent de les intégrer aux stratégies de monitorage systématique du delirium en réanimation. Des études complémentaires sont en cours afin de confirmer ces résultats dans d’autres centres, et les bénéfices d’un protocole pluriprofessionnel de dépistage devront être évalués sur le long terme.


Références

[1] Alaterre C, James A, Fazilleau C, Constantin JM : Enquête DELIRIUM-SFAR-2020 (Abstract soumis séparément)

[2] Costa et al. ICU team composition and its association with ABCDE implementation in a quality collaborative. Journal of Critical Care. 2018


Remerciements