R030Facteurs de risque de dégradation neurologique secondaire après un traumatisme crânien modéré : un étude observationnelle

Traumatologie / Urgences
Traumatologie
P. Aries 1, A. Cadieu 1, J. Ognard 2, V. Degos 3, O. Huet 4.
1Département D'anesthésie Réanimation Chirurgicale, Chru Brest, Hôpital D'instruction Des Armées Clermont Tonnerre, Brest - Brest (France), 2Département De Neuroradiologie Interventionnelle Et De Radiologie, Chru Brest - Brest (France), 3Département D'anesthésie, De Réanimation Et De Médecine Péri-Opératoire, Aphp, Pitié Salpétrière, Paris - Paris (France), 4Département D'anesthésie Réanimation Chirurgicale, Chru Brest - Brest (France)

Conflits d'intérêt

Aucun


Position du problème et objectif(s) de l’étude

Les patients traumatisés crâniens modérés (TCM) représentent 20% des patients admis après un traumatisme crânien à l'hopital.(1) Les données concernant leur pronostic à court et moyen terme restent pourtant peu nombreuses. Environ 20%  des patients après TCM présentent un dégradation neurologique secondaire (DNS) durant les 7 premiers jours pouvant conduire jusqu'au décès.(2) Il n'existe pas d'outil clinique simple permettant de trier les patients selon leurs risque de DNS à l'admission. De plus la durée et les modalités de leur surveillance (soins critiques ou service d'hospitalisation) ne sont pas consensuelles  Une meilleure identification des patients à risque pourrait améliorer leur devenir.
L'objectif de cette étude était d'identifier les facteurs de risque de DNS et de proposer un score de triage.

 

 


Matériel et méthodes

Il s'agissait d'une étude observationnelle, monocentrique et rétrospective. Les patients admis pour TCM (défini par un score de Glasgow entre 9 et 13 à l'admission) au CHRU de Brest entre Janvier 2015 et Décembre 2018 étaient incluables. La dégradation neurologique secondaire (DNS) était définie par la survenue d'une diminution du score de Glasgow (au moins 2 points) ou par une dégradation neurologique nécessitant un traitement médical ou chirurgical.(3) Les facteurs indépendamment associés à la survenue d'une DNS ont été identifiés par régression logistique. La technique du bootstrapping a été utilisée pour estimer la stabilité du modèle. Enfin un score prédictif a été établi à partir des variables issues du modèle.


Résultats & Discussion

142 patients ont été inclus, l'âge moyen était de 51,5 ±18,9 ans, 81% étaient des hommes et le score de Glasgow moyen était de 11,4 ±1,6. 93 patients (65%) ont été transférés depuis un hôpital périphérique. 46 patients (32%) ont présenté une DNS et la mortalité à 14 jours était de 18,4%. Les variables indépendamment associées à la survenue de DNS étaient l'âge supérieur à 60 ans : OR=3,15, IC95% (1,3 -7,4); p=0,007, la présence d'une lésion frontale : OR=2,44 IC95% (1,02-6,1); p= 0,04, une hypoxémie pré-hospitalière ou à l'admission : OR=3,68 IC95% (1,4-10,1); p=0,007, un score Marshall au scanner d'admission à 6 : OR=4,2 IC95 : (1,7-10,6); p=0,001. Le score "SND" (âge >60 ans = 11 points,  lésion frontale = 9 points, hypoxémie = 13 points, score Marshall à 6 = 14 points) permettait de dépister correctement les patients à risque à l'admission avec une aire sous la courbe de la courbe ROC de 0,71 IC95% (0,68-0,85).


Conclusion

Notre étude propose pour la première fois un score clinico-radiologique simple d'utilsation qui pourrait être utilisé pour dépister les patients les plus à risque de DNS de façon précoce notamment par des praticiens non experts. Ces patients malgré leur présentation clinique rassurante initiale pourraient bénéficier d'une prise en charge en soins critiques systématique. L'intérêt de l'utilisation de ce score en pratique courante nécessite d'être évalué.


Références

(1) Tagliaferri F et al. A systematic review of brain injury epidemiology in Europe. Acta Neurochir (Wien) 2006;148:255–68; discussion 268.

(2) Godoy DA et al. Moderate Traumatic Brain Injury: The Grey Zone of Neurotrauma. Neurocrit Care 2016;25:306–19.

(3) Morris GF et al. Neurological deterioration as a potential alternative endpoint in human clinical trials of experimental pharmacological agents for treatment of severe traumatic brain injuries. Executive Committee of the International Selfotel Trial. Neurosurgery 1998;43:1369–72; 


Remerciements